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Quel avenir à Toulouse et ailleurs ?

Depuis plusieurs semaines de nouveaux élus gouvernent notre pays. Dans leur propos, certains parlent de moderniser la France. A Toulouse, nombreux sont celles et ceux qui attendent de ces représentants qu'ils traitent enfin avec le sérieux nécessaire la patate chaude héritée du gouvernement précédent, qui tout en accompagnant la naturelle réflexion de fond qui s'imposait après la catastrophe survenue le 21 septembre 2001 à l'usine Grande-Paroisse, n'a pas voulu prendre la décision de sagesse de fermer définitivement le site chimique de Toulouse, préférant jouer la montre en vertu d'intérêts financiers de l'état et manquant en cela à son devoir moral et humain à l'égard des sinistrés.
La catastrophe de Toulouse a révélé aux français des négligences de nos sociétés à l'égard des risques industriels. Ces négligences avaient suscité dès 1996 la promulgation d'une directive européenne venant renforcer la réglementation Seveso. Dans les faits les évennements survenus à Toulouse s'expliquent en partie par la carence et les retards des autorités françaises à faire appliquer ces réglementations successives.
Aujourd'hui, des enjeux majeurs pour l'avenir de notre pays se jouent à Toulouse. Les causes des carences constatées, aggravées par le sinistre peuvent avoir deux origines : soit elles sont dues à l'impossibilité technique nationale d'appliquer dans les faits les directives européennes, soit elles témoignent de l'absence de volonté politique à les appliquer. Dans les deux cas nous nous trouvons en face d'un problème grave pour les populations.
Chacun s'accorde quelque soit sa sensibilité à reconnaître l'ampleur qu'à prise depuis l'après guerre la menace recouverte par les risques industriels. Et personne ne peut raisonnablement estimer que les solutions à ce problème soient trouvées d'ici quelques mois. Certes, des processus législatifs et de nouvelles dispositions réglementaires amélioreront progressivement la gestion de ces risques. Mais tous nous savons que la disparition des risques majeurs est possible mais nécessitera un effort sur plusieurs générations.
Dans ces conditions, les toulousains vivent de plus en plus mal l'amalgame démagogique qu'opèrent celles et ceux qui voudraient assimiler l'avenir de l'emploi des salariés de la chimie locale, au traitement sérieux des risques industriels.
Ce qui émane depuis de trop nombreuses semaines du processus de concertation initié par les Ministères de l'Industrie, de l'Environnement et de la Défense et piloté par M. Fiterman est précisément ce type d'amalgame. Pourtant averti à ce sujet, le Comité Local d'Information censé remettre un avis circonstancié au gouvernement, n'entend pas opérer de distinction crédible entre la nécessité de justice à l'égard des salariés sinistrés par le drame de Toulouse, et l'approche nécessairement pragmatique, réfléchie et rationnelle qu'imposera un effort crédible pour engager notre modèle industriel vers une modernité véritable.
En effet, parmi les risques industriels, le risque chimique joue désormais un rôle qui marquera toulousaines et toulousains durant toutes leurs vies. Ce serait leur faire insulte, que prétendre leur dire aujourd'hui que la véritable mesure de ce risque assimilée pendant et depuis la catastrophe, se pourrait être réduite par quelque ajout d'appareillages miraculeux, quelques transformations rapides d'une plate-forme de production qu'ils ont eu le temps d'apprendre à connaître et à redouter.
Ce serait vraiment prendre ces femmes, ces hommes et ces enfants pour du bétail, que tenter de les persuader que sans changer d'emplacement, ni de procédés, ni de types de productions, la plate-forme chimique du sud de Toulouse puisse redémarrer et être à la fois un dérivé crédible de cette prise de conscience nationale à l'égard de risques industriels majeurs, dont ils ont à la fois vécu la cause et veulent désormais aider à prévenir les répliques.
L'avis sur des sujets aussi graves n'a donc pas forcément à être circonstancié. Sinon en comprenant ce siècle qui s'engage comme la circonstance. Espérons ainsi que la décision sera juste, avisée et surtout porteuse d'un avenir. Si comme cela s'entend encore dans quelques cabinets ou bureaux feutrés, l'intention restait d'assimiler l'avenir d'un millier de salariés à celui qui se jouera dans les années qui viennent autour de l'insécurité des populations exposées aux risques majeurs, alors la dure leçon de Toulouse n'aura pas servi à grand chose.
Car il faut moderniser la chimie, et plus largement l'industrie en Europe. Il faut la repenser plus en accord avec ses relations aux besoins des populations comme à la préservation de leur santé et de leur sécurité. Comprendre ces relations, concevoir de nouveaux modèles, de nouveaux outils plus sûrs, plus propres, plus souples, est tout à fait autre chose que produire du phosgène, transformer du chlore, jongler avec de l'ammoniac ou des pesticides.
Que dire de la dépense et de la crédibilité à prétendre sécuriser de telles manipulations au coeur d'une agglomération sinistrée et en zone inondable !
Ce qu'ont vécu les toulousains est le surgissement d'un événement de guerre au beau milieu d'un contexte de paix civile. C'est ainsi qu'ils le vivent dans leur coeur. Et c'est pourquoi perfuser l'ennemi qui les a frappé juste devant leurs fenêtres ne sera jamais perçu autrement que comme une oppression, une nouvelle cynique violence industrielle pesant sur leur destin, ajoutant aux séquelles d'un jour inoubliable.
Beaucoup préféreraient soutenir un engagement pour transformer notre modèle industriel, afin qu'il ne menace plus les être humains comme il le fait encore un peu partout. Beaucoup retroussent désormais leur manches pour apporter concrètement leur volonté et leur énergie à cette transformation. Ce serait aussi leur faire injure que croire qu'ils ne penseraient ainsi qu'à leur propre destin.
Il serait absurde et incohérent d'établir une relation directe qui lierait le sort des usines de production chimique du Sud de Toulouse à la mise en pratique d'une politique de transformation technique de nos arsenaux industriels, et qui prendrait l'enjeu à sa juste mesure. Ce serait mettre un nez de clown au spectre de ce sombre avenir, qui a pourtant soufflé très fort à l'automne dernier à Toulouse. Et cela ne fera pas rire ni les toulousains, ni nos enfants.

Si ce devait être le sens de la décision que prendra dans les prochaines semaines le gouvernement de la France, cette décision serait vécue comme une défaite, non pas seulement pour les sinistrés qui vivent depuis des mois sous l'épée de damoclès d'une réouverture progressive de l'industrie chimique locale qui en a tant menacés, tués, blessés et ruinés, que pour le pays qui refuserait de cette façon de tenir le cap vers un avenir pleinement conscient et responsable de ce qu'il construit.
Il faut pour les décideurs comprendre qu'il y a ici deux mesures de justice et non une seule qui doivent s'imposer sans délai.

Le sort des salariés touchés participe des réparations légitimes dues à tous les sinistrés suite à la catastrophe. Il doit être garantit, maintenir leurs avantages, couvrir tous leurs préjudices, rassurer leur foyers et préserver leurs libertés quant à l'avenir qu'ils pourront chacune et chacun se choisir.

L'avenir de l'industrie chimique européenne se joue certes à Toulouse mais n'a rien à faire avec les modes et productions du site chimique où ils travaillaient, et dont les riverains ne veulent plus entendre parler. Mais avec l'Ecole Supérieure de Chimie, avec ses compétences technologiques, et aussi avec ce vécu désormais si prégnant Toulouse peut très certainement construire les outils et les métiers d'une industrie maîtrisée, sécurisée et respectueuse de l'environnement et des êtres vivants.

Si choisir l'avenir n'est jamais facile, il sera d'autant plus sombre qu'on ne voudra pas reconnaître sa nature ni n'engagera de ce fait les moyens adaptés pour l'affronter.

Cessons de prétendre concilier deux sujets qui ne sont pas du même ordre. Et traitons enfin chacun d'eux comme cela s'imposait dès le 21 septembre 2001.
Assurons l'application de la solidarité nationale à l'égard de tous les sinistrés directs et indirects ;
Fermons les usines chimiques de l'agglomération de Toulouse .
Mettons fin le plus rapidement possible aux violences de notre modèle industriel en lui construisant enfin la sûreté et l'innocuité environnementale garantes de sa performance et de notre prospérité.

Ce texte écrit le 20 juin 2002, marqué d'un certain optimisme, reste d'actualité, quoique le lendemain nous ayons pu nous trouver confrontés au pire en matière d'opportunisme démagogique, face à l'accueil que nous réservé le Maire de Toulouse au Conseil Municipal.

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