Le Maire de Toulouse tourne sa veste, traite les collectifs de sinistrés et solidaires d'extrémistes, et ne sait pas de quel dossier il parle.
Le 21 juin 2002 nous avions décidé entre membres du collectif "Plus jamais ça ni ici ni ailleurs" de nous rendre au conseil municipal pour enfin exiger des réponses claires aux questions que les toulousains posent à leur élus depuis l'explosion survenue il y a neuf mois, et au propos desquelles ils n'ont jamais eu de cesse que de changer d'avis.
A l'ouverture de la séance, à la surprise générale, le Maire de Toulouse a invité l'assistance à une minute de silence en hommage...aux élus de Nanterre abattus le 27 mars dernier ; c'est vrai qu'on était le 21.
Si dans notre délégation, contrairement à ce que notre bon Maire raconte sur TLT, il y avait peut-être aussi des militants syndicaux, des militants écologistes, certains de gauche ou d'extrême gauche, ce n'est pas en tant que tels qu'ils intervenaient mais en tant que Toulousains sinistrés pour la plupart ; d'autre part comptaient parmi nous la Présidente de l'Union des Comités des Quartiers nord, la Présidente de l'Union Féminine Civique et Sociale, le président de l'association des Sinistrés du 21, et d'autres encore, présents à titre exclusivement citoyen, tous alarmés par le retour annoncé des terribles sirènes de l'alerte chimique dans la ville.
Comme nous avions été sensibles à l'interruption du dernier conseil municipal par les salariés du site chimique, et qui avaient été reçus et écoutés, nous estimions nécessaire, alors que les avis du Comité Local d'Information de M. Fiterman occupaient les médias, de nous rendre à notre tour à l'assemblée de la ville pour faire entendre notre sentiment d'inquiétude.
Après l'ouverture tardive de la salle, et du fait de la présence de nombreux journalistes équipés de caméras et qui ont pu prendre des rush pendant au moins dix minutes, le Maire de Toulouse et sa majorité ne pouvaient ignorer qui nous étions et la raison pour laquelle nous étions présents. Sa mise en scène d'une minute de silence un jour anniversaire de l'explosion était une provocation délibérée à l'égard de beaucoup d'entre nous usés par neuf mois de manoeuvres, et déterminés à obtenir enfin des réponses claires.
La réaction du Maire a été instantanée, et il a demandé aussitôt que le conseil vote le huis-clos. S'en est suivie une pagaille où la seule chose qu'on ait pu voir sont les mains levées des élus de l'opposition pour s'opposer à cette mesure. Les élus de la majorité n'avaient semble-t-il pas eu le courage de lever la leur, aucun tour de scrutin n'ayant été jugé nécessaire pour l'approbation...ne parlons pas même d'abstention. M. le Maire nous donnera le soir même une leçon de "démocratie" ; on croit rêver.
Reste ce que nous demandions, qui était à la fois très simple, et en rien "politicien" . C'est le Maire de Toulouse qui ne voulant pas y répondre, botte en touche et parle de politique ; les questions qui nous préoccupent étant les suivantes :
- il avait dit qu'il veillerait à ce que les risques liés aux activités des entreprises ne débordent pas des enceintes des sites industriels, et nous en voulions confirmation étant donné que le projet de redémarrage de la production de carburants spatiaux de la SNPE présente un périmètre de danger débordant sur le Chemin des Etroits, quartier sinistré.
- d'autre part, les services de surveillance des installations classées avaient confirmé n'être de toute manière et en aucun cas en mesure de garantir que les risques puissent rester confinés dans l'enceinte des exploitation. Nous souhaitions avoir la position du conseil municipal sur ce sujet.
- Les services municipaux ayant confirmé la vanité des mesures de confinement ou d'évacuation en cas de catastrophe industrielle, nous voulions obtenir des précision quant aux mesures envisagées pour traiter le problème à l'avenir.
- Nous voulions également connaître le sentiment du conseil municipal à l'égard des résultats d'une étude des services techniques municipaux qui confirme récemment le caractère potentiellement inondable du site chimique de Toulouse-sud, ainsi que connaître la méthode suivant laquelle la municipalité comptait circonvenir le problème du transport en quantités industrielles de substances dangereuses au travers du centre de Toulouse.
Voici ce que Monsieur le Maire de Toulouse appelle de l'agitation politique. Par ailleurs si nous avons haussé la voix et plus tard sifflé, c'est dans le calme qu'un conseiller municipal a demandé en tout début de séance à ce que nous soyons entendus. TLT a monté le sujet de manière à ce qu'on pense que le Maire agissait de façon légitime. Du bruit, enregistré quelques secondes plus tard a été rajouté au montage vidéo, pour donner l'impression qu'il demande le huis-clos dans un climat intenable, ce qui n'était pas le cas, même si au vu de sa réaction, notre exaspération s'est rapidement accrue. Or au moment où il demande le huis-clos, un seul d'entre nous l'a interpellé, qui plus en est lui posant une question claire et précise.
Il ne voulait pas répondre. Et rien dans les réponses qu'il apportera par la suite au travers des médias ne clarifiera sa position d'équilibriste, tentant de ménager des intérêts clairement inconciliables, au détriment de ceux des habitants de Toulouse et des quartiers sinistrés en particulier.
Sans doute, après cette gifle à laquelle nous ne nous attendions pas, allons-nous effectivement porter une attention plus vive aux décisions d'une majorité municipale qui s'avère à ce point si peu soucieuse de cohérence et d'intérêt pour la population. Du reste, s'il faut en croire la note de service adressée par le Maire de Toulouse à l'annonce de Conseil Municipal du 21 juin 2002, il semble que ce soit exclusivement les dégâts matériels qui préoccupent les élus, et qu'ils n'aient jamais pris la mesure des dégâts moraux occasionnées par la catastrophe du 21 septembre.
En témoigne le renoncement de cette majorité municipale à s'associer aux poursuites pénales à l'endroit des responsables de la catastrophe, et sans présomption du résultat des enquêtes, et qui signifie préférer laisser chaque toulousain sinistré se débattre pratiquement seul et sans soutien avec les préjudices moraux des suites d'un tel cataclysme. Faut-il rappeler que la personne qui l'interpellait en début de séance le 21 juin était le Président de l'association des Sinistrés du 21, c'est à dire le seul regroupement à même de pouvoir représenter l'intérêt des sinistrés dans le processus pénal, du fait des carences de la municipalité à cet égard ?
L'après-midi même, à l'endroit où le Collectif "Plus jamais ça, ni ici ni ailleurs" devait
monter la scène prévue à l'occasion de la fête de la musique, ils ont trouvé garés trois car des CRS. La soirée s'est déroulée sous la pression de ces mêmes CRS, en cordon autour du spectacle. Les masques tombent. C'est à présent par la force que les politiciens qui en sont responsables veulent nous contraindre à accepter pouvoir à nouveau entendre trop tard les sirènes de l'alerte chimique dans la ville...
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