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COMPTE RENDU D'ALAIN DES VISITES SNPE ET TOLOCHIMIE PAR DES MEMBRES du SPPPI et du "COLLECTIF PLUS JAMAIS ÇA, NI ICI NI AILLEURS" DU 23 OCTOBRE 2001.

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Accueil et présentation chez SNPE : le directeur, le chef de la sécurité, le directeur d’isochem, une ingénieure procédés, et un autre qui nous accompagnera aussi chez Tolo.

Distribution de masques à gaz, casques et lunettes et départ en bus.

Traversée des bâtiments sociaux et de bureaux en RDC ou R+1 dévastés dans la partie nord de l’usine. ces locaux vont être démolis selon le directeur.

Passage près de la cuve de Méthanol qui a été vidangée pour cause de fuite due à un projectile venu d’AZF

Passage le long de la Garonne et vue sur AZF : impressionnant !


Explication sur les types de production de SNPE, et arrêt sur le pipe-line pont qui apporte du Gaz Naturel et du monochlorobenzène en provenance de Tolochimie, et remporte vers Tolochimie et AZF du Phosgène dissous à 60/40 dans le monochlorobenzène qui vient d’arriver, de l’hydrogène et de la vapeur.

Le bâtiment de la chaufferie n’est pas en pleine forme mais il est récupérable d’après SNPE (apparemment pour la cheminée les certitudes sont chancelantes). La station de pompage n’a pas souffert à l’extrême sud de l’Île et elle a toujours fonctionné, ce qui a permis de refroidir ce qui craignait le tiède.


Les bâtiments carossés en plaque de fibrociment ou tôle d’acier que ce soit en toiture ou en parois verticales ont beaucoup plus souffert que les installations à l’air libre qui ont facilement laissé passer le souffle. Difficile de savoir si tous les tuyaux sont en état mais les ossatures visibles ont l’air d’avoir bien tenu le choc.


La méthode d’expertise réalisée a été d’avoir en même temps des bataillons d’expert et des bataillons d’entreprises exécutantes qui faisaient les travaux immédiatement. Au dire du chef de la sécurité, plus rien ne risque de tomber, tout ce qui craignait a été démonté, les tuyaux, tubes et réacteurs sont à l’air mais ne risquent pas de recevoir d’objet. Tout a été vérifié. (vu le nombre de soudures, de colliers, de brides, et de rivets à vérifier tant en ce qui concerne la structure que les équipements, chapeau !)


Nous sommes revenus au milieu de l’usine pour visiter le quartier du phosgène. La salle de contrôle est assez surréaliste. Un tableau de bord d’une demi douzaine d’ordinateurs, avec des surveillants habillés pour l’extérieur. La toiture en tôle est apparente par dessous, le plafond et l’isolation sont partis. Mais la déformation du toit est telle qu’il a fallu faire des trous dans les points bas et coller des gouttières pour récupérer l’eau de pluie. Tout ça est presque étanche grâce au ruban adhésif. Ca goutte un peu quand même à l’intérieur mais pas sur les ordis. Un étai jaune au milieu de la pièce achève de lui donner le look Tchernobyl. Vue la déformation de la poutrelle métallique principale du toit (on dirait de la guimauve), l’étai n’est pas inutile. On nous explique comment marchent les systèmes de surveillance. Dehors au grand air face à AZF, les fûts de 950kg de phosgène (19 sont pleins et 36( ?) sont vides) dorment tranquillement sous bâches. Pourquoi sous bâches ? quelque chose comme des raisons de sécurité mais pas vraiment claire comme explication.! Les fûts tiennent une pression de 40 bars et l’onde d’AZF, n’a apporté qu’une surpression de 50 millibars ! Vu les effets du 50 millibars sur les immeubles voisins, les 40 bars qui endommageraient les fûts de phosgène, soit environ 800 fois ce qui s ‘est produit, ne nous apporterait guère de souci supplémentaire.


Les fameuses cuves enterrées de phosgène sont en fait des cuves en sous-sol, si nous avons bien compris, ce qui est quand même très différent. Ces cuves sont dans un local en dépression. La structure de ce local est donc la deuxième peau du double confinement. Les tôles de la paroi nord sont neuves. Il semble donc que le double confinement a eu un moment de simple.


L’ingénieure ne comprend pas l’agressivité de la Dépêche à leur égard. Nous le verrons aussi à Tolochimie, les salariés de ces installations font totalement corps avec l’entreprise et prennent pour eux personnellement les critiques adressées au système économique qui organise leur travail. Ils ont complètement intégré les enjeux de concurrence et de rentabilité. Il faut dire qu’à la SNPE, ils livrent des fûts de deux cents kg pour plus de deux millions de francs soit une valeur de dix à douze mille francs par kg ! (Les boulangers bio sont loin du compte à vingt cinq francs le kg alors que leurs productions sont bien plus précieuses.)

Le directeur d’Isochem nous explique que s’il est venu s’installer ici c’est par souci d’économie : niveau de sécurité sur le site, proximité des matières premières et des savoir-faire. Ceci dit Isochem, comme Tolochimie est une filiale 100% SNPE, qui elle-même est une société de droit privé ayant un seul actionnaire, l’état. Peut-être y a t il un intérêt là qu’on ne voit pas ? Isochem a démarré son activité, médicament de la trithérapie du sida, dans un beau bâtiment neuf, il y a dix-huit mois. Aujourd’hui, c’est arrêté. Isochem n’a consommé du phosgène que pendant un mois sur dix-huit.


Il y a encore l’entreprise finlandaise Raisio qui utilise le phosgène pour rendre le papier moins absorbeur d’encre. Nous n’avons aperçu que l’entrepôt qui n’a plus de toit et pas grand chose dedans.

Alors qu’à un moment les quantités officielles se comptaient en dizaines de tonnes de phosgène expédiés par route et par rail chaque jour quand l’usine tournait normalement, aujourd’hui on ne parle plus que de centaines de kg et encore pas tous les jours. La Snpe n’envoie habituellement que trois tonnes de phosgène par jour à Tolochimie. Par contre Tolochimie en reçoit environ vingt tonnes. L’accordeur de violon des chiffres de phosgène n’a pas eu le temps de passer.

Sur le point de l’évacuation ou neutralisation des stocks, la thèse officielle est que les clients ont fait le plein. On comprendra aussi à Tolochimie que les clients sont maintenant très regardants sur leur niveaux de stocks et plus particulièrement en ce qui concerne la conformité avec les textes et que c’est surtout là que ça coince. Apparemment, il était courant d’avoir un niveau de stock supérieur au maximum autorisé.


Après avoir rendu nos masques à gaz, nous allons à Tolochimie. Petite entrevue et visite du site. Activités : concentration d’acide nitrique (passage de 60% à 99%), fabrication d’isocyanate, et fabrication d’amines. l’essentiel des utilisations de ces produits est destiné à l’agriculture (désherbants, fongicides,…..)

En ce moment, ils neutralisent plus d’une tonne par jour de phosgène, ils en avaient presque dix tonnes le vingt et un septembre, l’opération ne devrait pas durer pendant des années. Mais ça dure encore ! ou alors ils sont des Pénélope de la chimie, défaisant la nuit ce qu’ils font le jour. Ce qui donne à penser qu’ils ont commencé récemment cette opération ou qu’encore une fois les chiffres officiels se contorsionnent dans les limites réglementaires. S’ils ont commencé récemment, c’est à cause de la dégradabilité du phosgène ou à cause d’une consigne arrivée de la prèfecture ?


Ce qui surprend au début c’est qu’il n’y a quasi aucune trace de l’explosion : une seule vitre plastifiée, pas de tas de gravats, tout à l’air d’avoir échappé au massacre. L’usine est à plus de huit cents mètres du hangar qui a explosé, nous dit un des cadres. Pas grand chose à dire. Le moral n’est sans doute pas fameux, parce qu’ils passent leur temps à détruire leur stock de phosgène. Et le phosgène, c’est leur gagne-pain. C’est sur la maîtrise de ce gaz hyperdangereux que repose leur valeur ajoutée. Ils savent dompter un dragon qui leur rapporte gros et ils sont en train de le brûler.


Comme impression générale : Les salariés n’ont aucune distance vis à vis du vingt et un septembre. En plus d’être victimes de l’explosion, ils sont victimes de la réprobation civile, et ceux qui n’appartiennent pas à AZF le ressentent comme une profonde injustice. Le mot d’ordre de fermeture du site leur paraît une sanction accompagnée du chômage comme punition.

La direction de Tolochimie pense qu’il y a effectivement un avant et un après, mais seulement pour les tours de New York. (les menaces d’attentats ont considérablement augmenté). Ni à la SNPE ni à Tolochimie, il n’a été fait mention d’un quelconque changement stratégique ou culturel. Le vingt et un septembre a fait des dégâts dans les usines, mais la conviction reste profonde que les travailleurs d’élite sur le front du progrès remporteraient aisément la victoire contre l’adversité s’ils n’étaient trahis par leurs arrières.

Aucun doute ni sur l’utilité de leur production, ni sur la sécurité n’est apparu dans leur discours.

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